Archive pour la Catégorie 'Fragments'

Être noire

photo-la-valse-des-pantins-2923-3

 

Je veux rire dire être noire

Pleurer crier monter sur une table

Me mettre nue à genoux dans la rue

Je n’irai plus

Leur abandonner mon corps

La peur en sortira les règles entassées dans mon ventre

Leur empire cadencé, moi servile

J’entends les fous et les enfants.

Mourir repue

20150611_190803

Je ne crois pas (plus ?) à la possibilité d’une révolution, à l’instauration d’un système politique, économique et social véritablement équitable et juste, à la capacité de l’être humain de vivre en paix, dans un souci constant de l’autre et une réelle générosité.

Ils sont trop forts en face, ils ont trop d’intérêts à défendre, ils sont trop nombreux et de trop froids calculateurs, ils savent très bien comment faire et nous sommes tout petits, des insectes, qui finissent toujours par se faire écraser parce qu’on n’a ni les mêmes moyens, ni les mêmes méthodes, et qu’on refuse de les acquérir. La Révolution française est une révolution bourgeoise, le Front populaire a tenu bien peu de temps, la Commune a été réprimée dans le sang, l’URSS pratiquait un communisme bureaucratique et liberticide, Roosevelt a entrepris le quart de ce qu’il aurait pu faire, Mitterrand n’a rien installé d’autre de bien que le prix unique du livre.

Pour autant, je ne supporte pas l’idée qu’on accepte tout ce qui se passe sans rien dire. Je ne supporte ni l’injustice, ni la domination, je ne supporte pas que la SNCF ne soit plus un service public, que tant de femmes vivent de ménages à temps partiel, que tant de familles survivent avec de rares RSA ou SMIC, que tant d’Arabes meurent en prison, qu’on fasse venir des sans-papiers et qu’on les maintienne dans ce non-statut, que tant de gens se sentent minables, petits, idiots, et n’aient aucun moyen d’agir sur cette situation.

Je n’arrive pas à concevoir la marche du monde autrement que comme une succession de bulles qui enflent, grossissent, forcent, puis éclatent. À un moment, il y a toujours une guerre. Juste avant, il y a une brèche où on peut se glisser, rapidement modifier quelques trucs. Après la guerre, la place est nette, il y a tout à inventer, on a la possibilité de tenter autre chose. Ensuite, ça recommence.

Je suis tombée dans une période où la bulle enfle. On nous dit que l’histoire est finie, la crise est devenue une situation normale, on nous prépare à une guerre sur notre propre sol (Marianne titre « Pourquoi les Allemands nous gonflent » avec un poing qui étrangle un aigle – esthétique 1914), ladite année 1914 est célébrée avec force commémorations et discours haineux sur la soif de guerre, les instincts bestiaux et la joie de tuer, l’« opinion » est systématiquement opposée à toute grève de la SNCF, le PS n’a jamais été aussi con, les nationalistes s’en donnent à cœur joie et, contrairement aux années 1930, aucune vraie voix ne s’élève à gauche.

Parfois j’ai l’impression que faire des livres, c’est un bon moyen de se branler au chaud. D’autres fois, je pense que nous sommes en train de laisser une trace tangible à ceux qui viendront après nous, pour leur dire : ces idées, ces convictions, ces ambitions ont continué de vivre, même dans une période aussi hostile. Y compris celle, violemment contestée, selon laquelle faire des livres est essentiel.

Souvent, je me sens le plus utile dans d’autres contextes : quand j’aide quelqu’un dans la rue, quand je console un ami, quand j’ouvre un enfant à un monde imaginaire. Mais je ne pourrais pas faire du social mon métier, ce serait pour moi un trop grand sacrifice. Je n’ai qu’une vie, c’est celle-ci ; et je veux être heureuse, amoureuse, libre, épanouie, je veux pouvoir ne rien regretter et mourir repue.

Face à une crise, doublez la mise

20150602_123505
En regardant Les Artistes sous le chapiteau : perplexes, où funambules et dresseurs de serpents meurent d’un instant de mélancolie qui les détourne de la concentration que leur art exige, où il est dit qu’après Auschwitz, on ne peut plus obliger des animaux à imiter des hommes, où on considère qu’il est préférable d’abattre que d’oublier, mais où l’on voudrait quand même enfermer ses souvenirs d’incendie et de douleur dans une boîte qu’on jetterait tout au fond de la mer, j’ai eu l’idée de consigner les signes, atmosphères, perceptions, les différents visages que prennent les crises qui nous traversent dans ce moment où il devient de plus en plus difficile d’avoir des idées à long terme.



emmaunblog2908 |
Coques plastique pour pièce... |
Profespagnolcarlosmoreira |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Unefillenormaleaparis
| Outre-mer gendarmerie
| Jejeangelique