Nous voulons tout

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Qu’est-ce que vous voulez ? Nous voulons tout. L’amour, le temps, les livres, l’alcool, la vie, la mer, les nuits. Nous voulons être ivres de sexe au milieu de la journée et que chacun puisse apprendre jusqu’à en oublier de dîner. Nous voulons que chacun se demande si ce qui lui est demandé est légitime. Nous voulons que tous puissent dire je veux et je ne veux pas. Nous voulons que tous les hommes aient le luxe d’avoir des problèmes qui ne concernent ni la faim, ni le froid, ni le sommeil. Nous voulons rire, pleurer, crier des insultes.

Sinon je les bute

Des talons effilés droits, rouges, de longues jambes fines dans des collants intacts, des pochettes de cuir brillant, travaillé, des lèvres fardées parfumées, des voix dont on entendait l’assurance avant même de comprendre les mots prononcés, et un parfum de propre qui ne durerait pas. Au tableau suivant l’une d’elles jetait sa cigarette sans l’écraser, une autre ouvrait la portière d’un Uber pop, la troisième se glissait dedans avec des éclats de voix. Plus rien.

Faut pas qu’elles m’emmerdent sinon je les bute.

Ça marchait vite, ne traînait pas, il était tard déjà et on n’avait pas que ça à faire.

En faisant crisser un trousseau de clefs sur un mur, une voiture, un panneau d’affichage, ce qui défilait sous la main, sans jamais être dérangée par ce bruit, pas même audible à ses oreilles.

En entrant dans un appartement sans âge au milieu d’un quartier sale mais tout à fait vibrant.

Comment démarre une révolution. Que demander. Où s’arrêter.

Être noire

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Je veux rire dire être noire

Pleurer crier monter sur une table

Me mettre nue à genoux dans la rue

Je n’irai plus

Leur abandonner mon corps

La peur en sortira les règles entassées dans mon ventre

Leur empire cadencé, moi servile

J’entends les fous et les enfants.

Mourir repue

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Je ne crois pas (plus ?) à la possibilité d’une révolution, à l’instauration d’un système politique, économique et social véritablement équitable et juste, à la capacité de l’être humain de vivre en paix, dans un souci constant de l’autre et une réelle générosité.

Ils sont trop forts en face, ils ont trop d’intérêts à défendre, ils sont trop nombreux et de trop froids calculateurs, ils savent très bien comment faire et nous sommes tout petits, des insectes, qui finissent toujours par se faire écraser parce qu’on n’a ni les mêmes moyens, ni les mêmes méthodes, et qu’on refuse de les acquérir. La Révolution française est une révolution bourgeoise, le Front populaire a tenu bien peu de temps, la Commune a été réprimée dans le sang, l’URSS pratiquait un communisme bureaucratique et liberticide, Roosevelt a entrepris le quart de ce qu’il aurait pu faire, Mitterrand n’a rien installé d’autre de bien que le prix unique du livre.

Pour autant, je ne supporte pas l’idée qu’on accepte tout ce qui se passe sans rien dire. Je ne supporte ni l’injustice, ni la domination, je ne supporte pas que la SNCF ne soit plus un service public, que tant de femmes vivent de ménages à temps partiel, que tant de familles survivent avec de rares RSA ou SMIC, que tant d’Arabes meurent en prison, qu’on fasse venir des sans-papiers et qu’on les maintienne dans ce non-statut, que tant de gens se sentent minables, petits, idiots, et n’aient aucun moyen d’agir sur cette situation.

Je n’arrive pas à concevoir la marche du monde autrement que comme une succession de bulles qui enflent, grossissent, forcent, puis éclatent. À un moment, il y a toujours une guerre. Juste avant, il y a une brèche où on peut se glisser, rapidement modifier quelques trucs. Après la guerre, la place est nette, il y a tout à inventer, on a la possibilité de tenter autre chose. Ensuite, ça recommence.

Je suis tombée dans une période où la bulle enfle. On nous dit que l’histoire est finie, la crise est devenue une situation normale, on nous prépare à une guerre sur notre propre sol (Marianne titre « Pourquoi les Allemands nous gonflent » avec un poing qui étrangle un aigle – esthétique 1914), ladite année 1914 est célébrée avec force commémorations et discours haineux sur la soif de guerre, les instincts bestiaux et la joie de tuer, l’« opinion » est systématiquement opposée à toute grève de la SNCF, le PS n’a jamais été aussi con, les nationalistes s’en donnent à cœur joie et, contrairement aux années 1930, aucune vraie voix ne s’élève à gauche.

Parfois j’ai l’impression que faire des livres, c’est un bon moyen de se branler au chaud. D’autres fois, je pense que nous sommes en train de laisser une trace tangible à ceux qui viendront après nous, pour leur dire : ces idées, ces convictions, ces ambitions ont continué de vivre, même dans une période aussi hostile. Y compris celle, violemment contestée, selon laquelle faire des livres est essentiel.

Souvent, je me sens le plus utile dans d’autres contextes : quand j’aide quelqu’un dans la rue, quand je console un ami, quand j’ouvre un enfant à un monde imaginaire. Mais je ne pourrais pas faire du social mon métier, ce serait pour moi un trop grand sacrifice. Je n’ai qu’une vie, c’est celle-ci ; et je veux être heureuse, amoureuse, libre, épanouie, je veux pouvoir ne rien regretter et mourir repue.

Face à une crise, doublez la mise

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En regardant Les Artistes sous le chapiteau : perplexes, où funambules et dresseurs de serpents meurent d’un instant de mélancolie qui les détourne de la concentration que leur art exige, où il est dit qu’après Auschwitz, on ne peut plus obliger des animaux à imiter des hommes, où on considère qu’il est préférable d’abattre que d’oublier, mais où l’on voudrait quand même enfermer ses souvenirs d’incendie et de douleur dans une boîte qu’on jetterait tout au fond de la mer, j’ai eu l’idée de consigner les signes, atmosphères, perceptions, les différents visages que prennent les crises qui nous traversent dans ce moment où il devient de plus en plus difficile d’avoir des idées à long terme.

Parfois on se trompe aussi

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J’ai envie de me blottir dans tes mots.
C’est peut-être de ça que j’ai peur. De chercher une consolation auprès de toi, alors que ça ne se fait pas.
Ou de repartir tout de suite dans quelque chose de très fort, sans avoir le temps de « faire mon deuil », sans avoir le temps de « prendre le temps », ce que me conseillent tous ceux qui m’entourent alors que j’ai horreur de ça, horreur de prendre le temps, horreur d’attendre, alors que je n’ai jamais fait rien d’autre que me lancer tête baissée.
Ou d’admettre quelque chose qui me paraissait inconcevable il y a quelques mois, qu’on puisse vraiment, avec la même intensité et la même souffrance, aimer deux personnes en même temps.
Ou de vivre cette chose folle qui s’annonce entre nous, qui est déjà là quoi qu’on en dise, qui est grisante, enivrante, et de laisser venir ce plaisir alors que je devrais être triste.
Ou de ne plus très bien savoir faire la différence entre ce qui m’apparait raisonnable et me fait fuir, et ce qui pourrait me faire souffrir et ne suffit pas à me faire fuir.
Ou de trahir, de le trahir lui, et de malgré moi lui donner raison parce qu’il disait dès le début que je finirais par tomber amoureuse de toi, et de te trahir toi, parce que je refuserais de vivre ce que je voudrais vivre avec toi.
Et de ne plus bien comprendre non plus ce que veut dire être amoureux, aimer, à partir de quand on se l’avoue, on se le dit, on l’admet. Qu’est-ce qui fait la différence entre des sentiments très forts et l’amour. Qu’est-ce qui fait la différence entre l’entente incontrôlable de deux corps et l’entente plus contrôlable, ou en tout cas plus compréhensible, du reste. J’ai eu envie de te dire que je t’aimais, les mots qui cognaient sur mes lèvres, c’est souvent un signe, mais parfois on se trompe aussi.
Quand je voulais t’écrire l’autre jour que ça me paraissait inconcevable qu’on soit ensemble, je me suis souvenu que j’ai ressenti ça à peu de choses près à chaque fois, et que ça ne veut rien dire.
Parce que qu’est-ce que ça changerait ? Est-ce que tu crois vraiment, sincèrement, que nos corps s’entendent si bien simplement parce que c’est interdit ? Qu’est-ce que ça voudrait dire qu’on soit ensemble, qu’on arrive ensemble à des fêtes, qu’on se tienne la main dans la rue, qu’on mange au restaurant les yeux dans les yeux ?
Ça voudrait dire qu’on s’appellerait, qu’on se verrait plus souvent ? Qu’on serait là l’un pour l’autre dans les moments difficiles ? Est-ce que sans être là physiquement on ne l’est pas déjà un peu, est-ce que la pensée de l’autre ne nous accompagne pas déjà quand on souffre ?
Tu me disais qu’on ne pourrait pas s’apporter de stabilité l’un à l’autre, et c’est ce que je me suis dit souvent. C’est vrai, je n’ai rien d’un garde-fou, moi aussi je bascule, mais je me relève vite, et c’est je crois tout ce que je peux offrir, mais c’est déjà pas mal, ma joie, ma force, mon envie.
Et combien de fois je suis venue chez toi pour une heure, pour ne faire que baiser, avec l’intention idiote de revenir à quelque chose d’uniquement sexuel, alors que si on est un peu honnête ça ne l’a jamais été.

Ma pauvre condition de femme

Alors on en est là, tu me plonges bien malgré moi, à mon tour, dans des questionnements existentiels. Je sens beaucoup peser là-dedans ma pauvre condition de femme, à qui le temps est compté, à qui on dit qu’avoir des enfants est une expérience centrale, devant qui on agite le spectre de la femme seule et desséchée.

Tablettes tactiles

L’IDTGV m’angoisse. Je trouve tout cet « univers » (les couleurs criardes, les annonces m’enjoignant à être « zen », les pauvres intervenantes forcées de se ridiculiser pour promouvoir l’ouverture des réservations prochaines, la première personne – « j’achète mon billet », « je valide mon achat » – systématiquement employée sur votre site…) profondément déshumanisé et infantilisant. Je ne prends l’IDTGV que parce que votre politique de prix est scandaleuse et que je ne peux souvent pas me payer une ligne normale. Mais du coup, je préfère me terrer à ma place (et tenter tant bien que mal de rester « zen ») plutôt qu’aller affronter votre « barista » dans votre « IDzinc ». Je préférais avant, quand la SNCF était un service public, etc.

L’ambiance générale des IDTGV m’est insupportable. C’est moche, désagréable, cher, bourré de codes barres et de bips, et on se sent en permanence pris pour un imbécile. Tout ce que j’espère, c’est que les voyageurs continueront à avoir des fous rires après vos annonces les enjoignant d’être « zen » ou « conviviaux ». (Les avez-vous déjà entendus rire ? Avez-vous la moindre conscience du ridicule de ces annonces ? Savez-vous qu’on ne peut pas ordonner aux gens d’être « zen » ou « conviviaux », encore moins quand on les traite comme du bétail ?)

Avez-vous assisté à l’animation ?
Non. Je prends le train pour voyager, pour rêver en regardant par la fenêtre, pour discuter avec un voisin inconnu, pas pour qu’on me vende une tablette tactile.

Moments préférés ?
Le moment où je me suis endormie en rêvant aux journées que je venais de passer au soleil, à la mer et aux couleurs de l’automne.
Le moment où je me suis rappelée qu’heureusement, je faisais un métier et je menais une vie radicalement opposés au monde que propose IDTGV.

Moments pires ?
Le moment où j’ai réalisé qu’on n’avait plus le droit de se dire au revoir sur le quai.
Le moment où quelqu’un est venu me donner de la publicité pour une tablette tactile.

Parfois je pense que j’aurais préféré que tu sois mort

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Parfois je pense que j’aurais préféré que tu sois mort.

Tu es venu me voir cette nuit dans mon rêve, comme si de rien n’était. On essayait des chapeaux et des bonnets dans un magasin en rigolant et tu m’as demandé quand partait mon train : comme si souvent dans mes rêves, je ne le savais pas et j’ai eu peur de l’avoir déjà raté.

Sale retour en arrière, sale amertume dans ma bouche en me réveillant ce matin.

Je ne sais même plus quelle est ta consistance, quatre ans après. Je n’ose plus en parler aux gens de peur de les lasser. Je ne sais plus ce que tu représentes, ce que veut dire ton fantôme. Qu’est-ce que je colle sur ta peau.

Tu te greffes sur mon amour d’aujourd’hui et vos visages se mélangent.

Dans mes souvenirs avec lui c’est souvent toi que je vois. On réalise ensemble les rêves que j’avais avec toi.
C’est un amour malade, un amour qui n’a pas de réalité. Je me raconte pour essayer de me raisonner que si je te rencontrais aujourd’hui, je ne t’aimerais pas.
Et j’essaie encore de comprendre si on était vraiment heureux ensemble ou si j’ai réécrit l’histoire, sans savoir très bien ce que ça changerait. Je me demande encore si mon amour d’aujourd’hui est mieux, ou en tout cas aussi bien que toi, et il m’arrive de ne pas savoir répondre. Parfois je réponds méchamment qu’avec toi on avait toujours des tonnes de choses à se dire, qu’on se s’ennuyait jamais. Il m’arrive aussi de répondre que toi, tu étais plus égoïste, plus immature et plus secret.
Si tu étais mort je pourrais être une jeune veuve héroïque que les gens admirent, je pourrais continuer à te pleurer en toute légitimité et je n’aurais aucun regret.

J’ai si peur de ne plus jamais aimer personne comme toi, ne serait-ce que parce que je ne sais même plus vraiment comment je t’ai aimé – et que je n’arrive toujours pas à te laisser partir.

Plus nue dans la gravité vivante

« Quand tu te dépouilles de ton rire pour apparaître

Plus nue dans la gravité vivante

De ton sexe ouvert

Une tendresse pire que l’amour efface

La joie d’être ensemble en ce monde

Où les âmes se cherchent et se trouvent et se perdent

Une tendresse qui est déjà le vertige

De n’être qu’avec toi, de renaître avec toi

Dans un lieu délivré de la peur. »

Marcel Béalu

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